Mieux comprendre le cancer permet de concevoir une stratégie préventive.

L’appareil génétique de la cellule est le point de départ de la cancérisation. Son instabilité et plus souvent son altération par des agressions extérieures sont à l’origine d’une mutation cellulaire. la cellule nouvelle qui en résulte, dotée d’une faculté de multiplication anarchique, est devenue étrangère à l’organisme et est le plus souvent rejetée.

Les facteurs en cause dans l’altération cellulaire sont très nombreux. Le plus grand nombre d’entre eux, liés à l’environnement ou à des comportements, sont maîtrisables.

Ce processus est long avant l’émergence clinique du cancer. C’est dire qu’une ” prévention ” peut s’exercer à divers stades de l’évolution infra-clinique : prévention vraie avant cancérisation, tout comme le dépistage précédant de peu l’éclosion clinique.

Epidémiologie descriptive

1. Répartition géographique

La fréquence des cancers varie selon les pays, les différences étant particulièrement marquées pour certaines localisations tumorales. Par exemple, la France a le taux le plus élevé de cancer de la bouche et du pharynx pour le sexe masculin.

2. Mortalité

Elle est estimée à partir des certificats de décès. La mortalité par cancer en France est estimée à plus de 146.000 morts par an, soit la deuxième cause de mortalité et la première cause chez les moins de 65 ans. Elle varie selon différents paramètres :

  • le sexe : les hommes meurent 1,6 fois plus de cancer que les femmes
  • l’âge : la part du cancer est maximale pour les deux sexes entre 45 et 65 ans
  • la localisation du cancer entraîne une mortalité inégale

L’évolution de la mortalité cancéreuse est caractérisée :

  • par une augmentation globale : le taux par tumeur en France a augmenté de 7 % malgré l’amélioration des thérapeutiques. Cette augmentation est liée au vieillissement de la population
  • par des variations sensibles selon le siège des tumeurs. L’augmentation concerne plus particulièrement les cancers du poumon, du pancréas, du sein, alors que l’on a observer une régression des cancers des voies digestives supérieures, de l’estomac.
  • par des inégalités sociales soulignant la vulnérabilité des moins aisés.

3. Morbidité

Mieux que la mortalité, elle traduit l’importance des cancers ; elle augmente en effet lorsque les progrès thérapeutiques réduisent la mortalité. La morbidité est mesurée à partir :

  • des registres du cancer qui enregistrent tous les nouveaux cas de cancers dans un territoire géographique donné.
  • de l’enquête permanente du cancer poursuivie par l’ensemble des centres de lutte contre le cancer.

Chaque année en France, sont diagnostiqués 163.700 nouveaux cas de cancers. La survie moyenne dépend de la localisation et de la diffusion métastatique : elle est plus courte pour les cancers des bronches que ceux du sein et de l’utérus.

Épidémiologie analytique

De nombreuses enquêtes effectuées dans le monde mettent en évidence deux types de facteurs de risque :

  • exogènes : environnement, comportement
  • endogènes : dépendent de l’individu

1. Facteurs d’environnement

Il participe au risque de cancer par ces composants :

  • chimique : il met en cause de nombreuses substances, expérimentalement cancérigènes et présentes dans l’environnement :
  • cancers chimiques professionnels : ils représentent entre 5 et 10 % des cancers en France et sont à l’origine de 6.000 décès par an. Leur apparition est en général tardive. Certaines professions sont à l’origine de ces cancers : industrie du caoutchouc, du cuir, métallurgie, industrie chimique…
  • pollution chimique du milieu : l’eau et l’air véhiculent des agents chimiques cancérigènes. Les principaux cancers sont ceux des voies respiratoires. Ex : l’amiante.
  • physique : l’environnement physique participe dans certaines conditions à l’apparition de cancers : – la surexposition au soleil dont les ultraviolets sont à l’origine de cancers cutanés.
  • l’exposition aux rayonnements ionisants : professionnelle (notamment chez les radiothérapeutes) ; médicale (enfants irradiés pendant la grossesse) ; accidentelle (bombardements atomiques, accidents de centrales nucléaires).
  • biologique : il est essentiellement lié à un certains nombre de virus qui sont tenus pour cancérigènes chez l’homme. Ex : le virus HIV du Sida : sarcome de Kaposi.

2. Facteurs de comportements

Ils mettent en cause le mode de vie :

  • tabac : il est le seul facteur de risque dont le rôle causal ne fait aucun doute dans certains cancers. Il est responsable de 30 % des décès masculins par cancer. Les tumeurs malignes les plus souvent en cause sont : le cancer pulmonaire, le cancer des voies aérodigestives supérieures (rôle associé de l’alcool), le cancer vésical.
  • alcool : il est non cancérigène par lui-même, mais intervient en co-cancérigène dans le développement de divers cancers. Les principales localisations concernées sont le foie (cancer fréquent chez le cirrhotique), le larynx-oro-pharynx et le colorectum.
  • alimentation : les aliments, complexes chimiques par eux-mêmes, véhiculent en outre des substances chimiques d’origines diverses ; les uns et les autres sont potentiellement cancérigènes : – déséquilibres alimentaires : l’excès de graisses et la carence en oligo-éléments sont liés à certains cancers (côlon, sein, prostate). A l’inverse, les vitamines et le calcium auraient un effet protecteur à l’égard du cancer du colon.
  • les substances chimiques d’addition, étrangères à l’aliment, sont suspectées d’un potentiel cancérigène. Ex : colorants

3. facteurs endogènes

Ce sont les facteurs propres à l’individu qui vont créer une prédisposition à l’apparition ou au développement du cancer. On peut citer par exemple les prédisposition génétiques, hormonale et immunitaire.

Prévention

Elle ne peut se faire que pour les facteurs exogènes

Primaire

  • action éducative (campagne d’information)
  • action législative et réglementaire (loi EVIN : contre le tabac dans les lieux publics)
  • action économique (taxe sur les produits cancérigènes)

Secondaire

  • dépistage systématique de la maladie pour la population à risque
  • traitements des premiers symptômes

Tertiaire

  • suivi médical du patient
  • lutte contre les invalidités
  • réinsertion professionnelle